Plaque commémorative du Bataclan - Paris - (Photo : Lucas Hueber)

 

ILS SONT VENUS CHERCHER DES RÉPONSES ET COMPRENDRE. Près de trois ans après les attentats qui ont fait vaciller la France le 13 novembre 2015, des rescapés et des proches de victimes se sont réunis pour le deuxième colloque de l’association 13onze 15 : fraternité et vérité le 2 décembre 2017 à l’hôtel de ville de Paris. Certains comptaient des proches parmi les 130 vies qui ont été fauchées ce soir-là, d’autres ont survécu à ce qui reste aujourd’hui la pire attaque commise sur le sol français depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Face à eux de nombreux intervenants de renom : l’ancienne secrétaire d’état chargée de l’aide aux victimes Juliette Méadel, le procureur de la République François Molins ou encore la maire de Paris Anne Hidalgo.

C’est sa ville qui a été la plus durement frappée par le terrorisme jihadiste en Europe. La maire rappelle à l’auditoire que les frères Kouachi, les auteurs du massacre à la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, étaient passés par les services de l’aide sociale à l’enfance de Paris. « Lorsque l’on a regardé leur parcours, nous nous sommes rendus compte que l’ensemble de la société avait été présente pour ces jeunes quand ils en avaient besoin. Pourtant, ils se sont retournés contre elle. Comment cela est-il possible ? » Un questionnement aussi existentiel que vertigineux qui n’a cessé de travailler la France depuis, et à laquelle aucune réponse simple ne semble avoir été trouvée.

Et pour beaucoup d’intervenants, cela ne fait que commencer. Certes, les Forces Démocratiques Syriennes ont repris Raqqa à l’État Islamique en octobre 2017, mettant fin à la domination territoriale du groupe terroriste. Mais cela « n’a pas pour corollaire la réduction du niveau de menace sur nos pays » expose à l’assistance Jean-Charles Brisard, président du Centre d’Analyse du Terrorisme (CAT). « Depuis le début de l’année 2017, les pays de l’Union Européenne ont été la cible de 50 incidents terroristes en lien avec le contexte syro-irakien, dont 15 attentats perpétrés. » L’expert précise que la moitié des attentats déjoués visaient avant tout la France.

Yves Trotignon, ancien analyste de la DGSE (direction générale de la sécurité extérieure) et consultant dans un cabinet de gestion des risques, prévient l’auditoire qu’il n’apportera pas plus de bonnes nouvelles : « Il n’y a encore jamais eu de réponse couronnée de succès, durable. Vous devez être sceptiques face aux gens vous disant qu’ils ont une solution simple, rapide, efficace et unique ». Au gré des exposés on découvre en effet plus d’énigmes que de certitudes auxquelles se raccrocher.

Des questions, les rescapés et les proches de victimes en ont pourtant beaucoup. Elles sont aussi cruelles que la réalité des vécus peut l’être. Les tueries du 13 Novembre ont jeté une lumière crue sur l’impréparation de certaines institutions françaises pour parer à ce type de situation, des conditions d’interventions des forces armées à la gestion des secours.

« J’AI EU TOUT DE SUITE CONSCIENCE QUE QUELQUE CHOSE ÉTAIT TRÈS MAL ORGANISÉ CE JOUR-LÀ. » - GEORGES SALINES

Georges Salines, père de Lola, assassinée au Bataclan, fondateur de l’association 13onze15 et lui-même médecin en témoigne : « J’ai en effet passé la nuit du 13 novembre et la journée du 14 à essayer de savoir ce qui était arrivé à ma fille. Ce n’est que le 14, vers 18h, que je l’ai appris, par téléphone. J’ai eu tout de suite conscience que quelque chose était très mal organisé ce jour-là. » Certains ont même dû attendre près de cinq jours avant d’avoir des nouvelles de leurs proches. Lorsqu’il est interpellé à ce sujet, François Molins a l’honnêteté de l’admettre, sans aucune ambiguïté : « Nous n’étions pas habitués à ce type de situation, on n’avait jamais eu à affronter un tel nombre de victimes. Nos dispositifs n’étaient peut-être pas à la hauteur des événements. »

Pourtant, les jihadistes n’ont pas attendu 2015 pour meurtrir l’Europe. C’était alors sous une autre bannière. En 2004 Madrid est frappée par Al-Qaeda, 191 personnes sont tuées et 1 858 blessées. En 2005 c’est Londres qui est touchée par la même organisation avec un bilan de 52 morts et 700 blessés. Enfin en mars 2012, Mohamed Merah tue sept personnes à Toulouse et Montauban dont trois enfants dans l’école juive d’Ozar Hatorah.

Si la France est le pays d’Europe qui a été le plus violemment touché depuis 2015, il est aussi celui qui compte aujourd’hui le plus grand nombre d’individus impliqués dans des filières jihadistes, avec près de 2 370 français sur 7 500 européens en 2017 selon le CAT. « On est quelques uns à crier sur les toits depuis quand même six ou sept ans maintenant, à dire attention. Tout ce qu’on disait était inaudible il y a deux ans. » soupire Wassim Nasr, journaliste à France 24. Il est l’un des spécialistes du terrorisme jihadiste que nous avons rencontré, et qui ont parfois du mal à se faire entendre par le grand public et les élites politiques.

 

Partie 1

DU DÉNI À LA PANIQUE

CERTAINES archives sont cruelles. Si l’ensemble de la société française s’accorde aujourd’hui à parler du jihadisme comme d’une menace réelle et durable, force est de constater que cela n’a pas toujours été le cas. Le journaliste David Thomson en a fait les frais de la manière la plus emblématique qui soit. En avril 2014, il est l’invité de l’émission Ce soir ou jamais sur France 2 pour un débat intitulé « Djihadistes français en Syrie : que faire ? ». Il n’est pas encore le célèbre titulaire du prix Albert Londres. « Quasiment aucun des invités n’avait travaillé sur le phénomène jihadiste en Syrie à ce moment-là, se souvient-il. J’arrive alors avec deux ans de travail et d’entretiens derrière moi, puisqu’à cette époque je suis en promo pour le livre Les Français jihadistes. »

Il est le seul sur le plateau à avancer que ces Français partis en Syrie pourraient revenir sur le sol national et y commettre des attentats car, précise-t-il alors, « dans leur esprit, frapper la France serait légitime ». Ses propos déclenchent à plusieurs reprises un brouhaha et des réactions outrées : « Moi ce que je pense, c’est que vous êtes en train de diffuser la représentation qui motive un certain nombre d’individus qui se représentent cette guerre comme un terrorisme potentiel contre le territoire européen et qui fait le jeu des populismes européens », lui assène alors le sociologue Raphaël Liogier.

Quelques mois plus tard la France connaîtra la terrible vague d’attentats de 2015, dont la plupart seront bien revendiqués par l’État Islamique et en partie commis par des jihadistes venus de Syrie. « Aujourd’hui on voit tout de suite l’absurdité des propos qui sont tenus ce soir-là, constate désormais David Thomson. On comprend également à quel point cela peut être problématique dans un débat public, puisque cela le fausse. Et pour le sujet dont on parle cela a retardé la prise de conscience sur la menace qui pesait sur le pays ». Et ce malgré le fait que les tueries de Toulouse et Montauban avaient eu lieu deux ans plus tôt, sans être interprétées comme les prémices de ce qui allait survenir.

Cet épisode est tout sauf un cas isolé, et la teneur du débat public ne s’est pas nécessairement améliorée après la prise de conscience, brutale donc, et surtout tardive, de la réalité du phénomène. « Le terrorisme provoque de façon très classique deux réactions : le déni et la panique » avance Nicolas Hénin, qui, au moment de l’émission de France 2, venait d’être libéré des geôles de l’EI à Raqqa où il avait été retenu en otage pendant près d’un an. Il a depuis fondé le think tank Action Résilience qui vise à produire de la recherche fondamentale sur le terrorisme et la radicalisation. « Il est très difficile de placer le curseur entre le déni et la panique. On touche très vite à des clivages fondamentaux », résume l’ex reporter de guerre.

« L'APPAREIL D'ÉTAT A COMPLÈTEMENT PANIQUÉ » - MATTHIEU SUC

La France semble justement être passée du déni à la panique après les attentats. Au lendemain de l’attentat de Nice, alors que Mohammed Lahouaiej Bouhlel viens de tuer 86 personnes armé d’un simple poids lourd, Henri Guaino est invité à s’exprimer sur RTL. Il s’interroge alors sur les règles d’engagement de l’opération Sentinelle et déclare : « Il suffit de mettre à l’entrée de la promenade des anglais un militaire avec un lance-roquette et il arrêtera le camion de 15 tonnes, c’est tout ! »

« Cette phrase je peux vous dire qu’elle a fait rire dans les services pendant des mois, s’amuse Matthieu Suc, journaliste à Mediapart spécialiste du terrorisme et des questions de renseignement. Mais je pense que ça en dit beaucoup de la panique générale qui a touché toute la classe politique après Nice. Parmi les chercheurs sérieux avec qui je travaille certains ont été reçus par le gouvernement au moment des attentats. Ils m’ont notamment raconté les discussions qu’ils avaient eues avec les membres de cabinets ministériels. Et oui, l’appareil d’état a complètement paniqué ». Et ce, quitte à effrayer la population plus que de raison : « Tout le monde a oublié lorsque Manuel Valls avait parlé de menace chimique et bactériologique au lendemain du 13 novembre, rappelle le journaliste de Mediapart. On avait quand même eu un petit moment d’angoisse collective assez fort. Je peux vous assurer avec le recul et avec le travail que j’ai fait que d’après tout ce qu’on sait de la cellule du 13 novembre il n’y a jamais eu le début d’un commencement de menace bactériologique. »

Dès lors, il paraît difficile, dans un tel climat, d’expliquer au public la nature réelle de la menace, sans qu’elle soit sous-estimée ou, au contraire, largement exagérée. Surtout lorsque le même Manuel Valls déclare en janvier 2016 : « Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille, car expliquer c’est déjà un peu vouloir excuser. »

 

 
Monument de la place de la République, Paris - (Photo : Lucas Hueber)

 

Georges Salines, qui portait alors le deuil de sa fille, s’était insurgé contre la sortie médiatique du premier ministre : « J’avais dit que c’était tout aussi stupide que de dire que chercher les causes du cancer, c’est un peu accepter le cancer. Ça n’a strictement aucun sens ». Manuel Valls était finalement revenu sur ses déclarations, admettant qu’il avait eu tort et qu’il fallait évidemment chercher la cause de ces violences. Mais le mal était fait. « Certains pensent que quand on est guerre on n’a pas à essayer de comprendre l’ennemi, avance Romain Caillet, historien et spécialiste des mouvements jihadistes. Pour beaucoup de personnes, faire preuve d’honnêteté quand on retranscrit des informations ou contextualiser, simplement dire les choses telles qu’elles sont, c’est faire le jeu de l’ennemi. »

Révéler certains faits expose aussi à des suspicions de complaisance avec l’extrême-droite. Wassim Nasr raconte avoir rencontré un de ses contacts jihadistes à Amsterdam avant le 13 novembre 2015 pour le tournage du film Le studio de la terreur. « Il est venu avec les réfugiés. Je ne pouvais pas le citer directement mais j’avais dit “Attention ils peuvent passer avec les réfugiés” et quand on disait ça on passait pour des nazis, alors que je savais de quoi je parlais ! » Si les individus en situation irrégulière ne représentent qu’une infime minorité des terroristes qui sont passés à l’action en France (seuls 3 sur les 20 terroristes depuis 2014), il est désormais établi que la plupart des membres de la cellule du 13 novembre ont réussi à s’infiltrer en Europe par la route des migrants.

« Quand on écoute les discours sur la radicalisation on se rend compte que ce sont des discours pollués par l’idéologie, constate Nicolas Hénin. Pour caricaturer, si je vais voir quelqu’un avec une sensibilité de gauche et que je lui demande de m’expliquer la radicalisation, il mettra en avant les questions sociales, le parcours personnel de la personne. Quelqu’un avec une sensibilité de droite me parlera d’un projet hégémonique de l’islam, de la vague migratoire ou du grand remplacement. On convoque des clivages politiques qui sont profonds et qui nous entravent dans notre compréhension du phénomène. »

Pour Pauline Blistène, doctorante à la Sorbonne et membre de l’AEGES (Association pour les Études sur la Guerre et la Stratégie), le terrorisme « est un débat passionné par essence, puisqu’il suscite des émotions, des passions, des affects. La force du terrorisme vient aussi de là. Il fait ressurgir cette explosion du tissu social. Le débat public est pour l’instant dominé par des réactions déraisonnables ». Malgré tout, certains tentent de lutter pour imposer une approche rationnelle. Un combat de longue haleine au regard de la situation actuelle d’un certain pan de la recherche académique en France qui peine à être reconnue.

 

Partie 2

UN VIDE FRANÇAIS

LE RETARD DE LA RECHERCHE FRANÇAISE EST CONSIDÉRABLE. « Quand j’ai commencé, j’ai constaté qu’il n’y avait quasiment aucun travail journalistique ou académique qui était un travail à partir de ce que j’ai appelé des sources primaires », raconte David Thomson. Au moment où éclatent les printemps arabes, il est en Tunisie. Dans le bouillonnement idéologique de l’époque, il tombe nez-à-nez avec d’anciens hauts-cadres d’Al-Qaeda, d’ex-lieutenants européens de Ben Laden ou encore des vétérans du jihad afghan. Le journaliste va alors assister à la création d’un mouvement jihadiste qui profitera de l’instabilité générale pour devenir rapidement un mouvement de masse. « Là, j’avais la possibilité, puisque j’étais au milieu des jihadistes, de travailler pour la première fois à partir de sources primaires, c’est-à-dire en passant du temps avec eux, avec des entretiens enregistrés, en m’inspirant de la méthodologie de travail des sciences sociales, une sorte de sociologie participante. »

Si son travail n’a aucune prétention scientifique, il démontre que le jihadisme, de par son ampleur, sa nature mutante, protéiforme et complexe, peut être disséqué comme un phénomène à part entière. C’est l’ambition de la jihadologie, dont Romain Caillet est l’un des représentants français les plus connus. « C’est assez nouveau en France mais aux USA il y a tout un champ d’études académiques sur le jihadisme, il y a notamment le blog Jihadology d’Aaron Zelin. » Le chercheur compare ce genre à celui de la soviétologie qui mobilisait, durant la guerre froide, des politologues et des historiens possédant une connaissance pointue de la doctrine communiste et qui maîtrisaient la linguistique des pays du bloc. « Là, c’est allier la connaissance de la doctrine jihadiste, de la langue arabe et aussi par extension du monde arabe. C’est un champ particulier qui nécessite des compétences particulières. »

Un champ qui n’est cependant pas reconnu en tant que tel par l’université française, car d’après Romain Caillet « il y a différents blocages. Tout d’abord au niveau des compétences : beaucoup veulent travailler sur le jihadisme sans être arabophones. D’autres sont spécialistes de certaines régions et voient le phénomène au prisme de cette région alors que le phénomène va au-delà. Il y a aussi un problème idéologique avec des chercheurs très à gauche qui craignent de nourrir l’islamophobie, le racisme et la xénophobie dans la société française en se focalisant sur un phénomène anxiogène ».

« ON A DU MAL À RECONNAÎTRE QUE LE JIHADISME EST UN ENGAGEMENT POLITIQUE ET RELIGIEUX » - ROMAIN CAILLET

Pour ces raisons, la recherche sur le terrorisme et la radicalisation se construit largement en dehors de l’université avec la création d’associations et de groupes privés. Elle n’en est cependant qu’à ses balbutiements. C’est ce vide, qu’il qualifie bien de typiquement français, que Nicolas Hénin a voulu contribuer à combler en fondant Action Résilience. « Si l’on va à l’étranger, dans les pays anglo-saxons ou en Europe du nord, on trouve énormément de structures universitaires, de think tanks et des groupes de travail et de recherche qui produisent des travaux extrêmement pointus sur ces questions, constate-t-il. En revanche en France on a un vide ». Un vide qu’il attribue à l’état actuel de l’université française qui a longtemps méprisé selon lui les war studies et les security studies considérées comme trop proches des cercles militaires. « La conséquence immédiate c’est qu’on manque de formations et d’écoles doctorales pointues sur ces questions là », constate l'ancien reporter de guerre.

« Il est vrai que quand l’on s’intéresse à ces sujets, il est difficile d’avancer l’idée que l’on est là pour dépassionner, pour expliciter ce que sont les forces armées, les services de renseignement sans pour autant défendre ce qu’ils font », confie Pauline Blistène. Les études sur la guerre se sont imposées dans le monde académique anglo-saxon il y a déjà longtemps, avec la création en 1962 du département des War Studies au King’s College de Londres. Mais en France, il s’agit encore d’un champ mineur qui souffre du manque de transdisciplinarité entre l’histoire, les sciences politiques, la sociologie ou encore le droit.

Néanmoins l’AEGES (Association pour les Études sur la Guerre et la Sécurité) - dont Pauline Blistène est l’une des coordinatrices - tente de promouvoir la communication entre ces différentes disciplines pour faire grandir ce domaine particulier au sein de l’université. Les choses semblent avancer dans le bon sens pour la doctorante, même si beaucoup reste à faire : « On commence à peine à voir des Français arriver dans des grandes conférences de ce champ de recherche. Je pense que les choses vont bouger dans les années à venir mais cela va prendre du temps. »

 

 
Gerbe déposée devant les anciens locaux de Charlie Hebdo à Paris lors des commémorations de 2018 à Paris - (Photo : Lucas Hueber)

 

Ces blocages ont également contribué à propager des idées trompeuses qui reflètent, elles aussi, les clivages du débat politique français. Romain Caillet estime par exemple qu’« on a du mal à reconnaître que le jihadisme est un engagement politique et religieux » car cela remet en question un certain nombres de fondamentaux idéologiques aussi bien à droite qu’à gauche. « On s’en sort en disant qu’ils sont fous comme ça tout le monde est content ! » ironise-t-il. De son côté, David Thomson estime que « l’avantage pour un politique de dire que ce ne sont que des fous, c’est de lui permettre de ne pas aborder les sujets sensibles : la part de religiosité de l’engagement jihadiste, qui est centrale - et le fait que les minorités soient sur-représentées dans ce phénomène. C’est aussi une question sociale qui amène à s’interroger sur les ratés de l’intégration en France »

Le 22 août 2017 le ministre de l’intérieur Gérard Collomb avait pourtant relancé cette lecture psychologisante du phénomène. Il appelait à une plus grande mobilisation des psychiatres, avançant qu’un tiers des personnes enregistrées dans le fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation (FSPRT) présentaient des troubles psychologiques sans pour autant préciser la source de ce chiffre. On sait en revanche qu’une étude britannique de 2016 a démontré que la proportion de malades psychiatriques n’était pas plus grande chez les jihadistes que dans le reste de la population.

Cette idée que le passage à l’acte jihadiste relèverait d’une forme de folie a aussi amené la France à traiter le sujet comme une pathologie : si les terroristes sont fous, alors on peut les soigner. Une prétendue solution miracle qui a fini par devenir un véritable business pour certains, l’État ayant dépensé près de 100 millions d’euros en trois ans pour financer les programmes de déradicalisation selon les sénatrices Esther Benbassa et Catherine Trœndlé. Le seul centre de déradicalisation d’État à avoir jamais existé en France aura finalement été le symbole d’un échec, fermant moins d’un an après sa création. Quant aux autres centres, leurs contrats n’ont pas été reconduits après 2015.

La déradicalisation n’est pas pour autant impossible. Romain Caillet cite ainsi l’exemple de l'ancien jihadiste danois Morten Storm qui a fini par devenir agent pour les services de renseignements danois, britanniques et américains après avoir navigué au sein d’Al-Qaeda au Yémen (AQPA). « Il s’agit en revanche de parcours individuels, c’est de la science-fiction de dire qu’on pourra mettre 15 jihadistes dans une salle et les transformer en bons citoyens simplement en leur tenant un discours, observe-t-il, ajoutant : quand on parle à des responsables on constate qu’ils ont fait le deuil de cette idée, et qu’on parle désormais plus de prévention de la radicalisation, c’est-à-dire empêcher des jeunes de tomber là dedans ». Ce constat avait été fait par les autres pays d’Europe des années plus tôt, l’Allemagne ayant ainsi expérimenté la déradicalisation dès 2003 et le Royaume-Uni dès 2001 avec un renforcement de la prévention en 2005, soit près de dix ans avant. Le retard de la France a eu des conséquences visibles, parfois mortelles.

 

Partie 3

Le syndrome space invaders

IL N’Y A PAS DE FAILLES. Ces quelques mots pourraient suffire à résumer la posture publique du renseignement français après chacun des attentats. La majorité des terroristes qui sont passés à l’acte étaient pourtant connus des services et fichés S [pour sûreté de l’État]. « Je pense qu’il faut prendre conscience que, si le 13-Novembre est un traumatisme pour la population française, c’en est également un pour les services de renseignement », considère Sébastien Pietrasanta, ancien député PS des Hauts-de-Seine. Il a été, avec Georges Fenech, le rapporteur de la commission d’enquête parlementaire relative aux moyens mis en oeuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015

Du jamais vu en France rappelle-t-il : « C’était la première fois qu’une commission d’enquête prenait cette ampleur-là, avec autant d’auditions et avec un rapport aussi important. » Deux tomes la composent : le rapport, de plus de 400 pages, accompagné d’un autre composé de 1000 pages d’auditions. « On a analysé ce qu’il s’était passé en 2015, on a repris le cas des individus qui avaient commis ces attentats et on a vu qu’à chaque fois, il y avait eu des dysfonctionnements, que l’on a mis en avant dans le rapport. » On apprend ainsi que les frères Kouachi étaient en fait suivis par la DRPP (Direction des Renseignements de la Préfecture de Police de Paris). Lorsque l’un des deux terroristes déménage à Reims, le dossier est transmis à la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure) qui ne donne pas suite. Amedy Coulibaly était de son côté déjà connu pour avoir participé à la tentative d’évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem en 2010, l’un des auteurs des attentats de 1995 à Paris, tentative pour laquelle il avait été condamné à 5 ans de détention. Après sa sortie de prison en 2014, il n’est suivi ni par la DRPP ni par la DGSI. 

Concernant le 13 novembre 2015, le rapport souligne aussi que Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attaques, était connu de la DGSE depuis janvier 2015 comme étant impliqué dans plusieurs attentats ayant eu lieu au cours de l’année, dont celles ratées de Villejuif le 10 mai et du Thalys Bruxelles-Paris le 21 août. On y apprend qu’un membre de cette cellule, Reda Hame, a été arrêté le 15 août par les autorités françaises à son retour de Syrie. Lors de son interrogation par le juge d’instruction Marc Trévidic, il avoue avoir été mandaté par Abdhelamid Abbaoud pour frapper une salle de concert en France, sans pour autant préciser le lieu. Les cibles potentielles sont dès lors bien trop nombreuses pour que les propriétaires du Bataclan puissent être alertés avant le drame.

« LE SYSTÈME NE PERMET PAS DE PASSER SUR LE GRILL UN CHEF DE SERVICE, SON DIRECTEUR OU UN SOUS-DIRECTEUR » - YVES TROTIGNON

La France n’était pas préparée, « et cela ne cesse de me mettre en colère », soupire Yves Trotignon, pour qui les services français ont une difficulté chronique à s’adapter face à une menace qui évolue très rapidement. « Le fait est qu’à partir du moment où vous ratez le départ de la balle, vous la prenez, c’est triste à dire mais c’est comme ça. Les types arrivent à se projeter de Syrie et d’Irak, à passer en Europe où ils montent leur réseau, ils arrivent à Paris, ils passent à l’action... c’est trop tard. Si vous avez un échec initial dans la détection et la compréhension, la catastrophe est quasiment garantie, sauf miracle. » Pour David Thomson tout est dans le défaut d’anticipation : « c’est intéressant rétrospectivement de lire le Livre Blanc du ministère de la Défense de 2013, où rien n’est anticipé en ce qui concerne la menace syrienne. On dit encore que le danger est en Afghanistan et au Pakistan, où s’est entraîné Mohamed Merah, et que ça ne concernerait qu’au maximum une quarantaine de ressortissants français qui mourront là-bas. Alors qu’en réalité ils allaient en Syrie justement ! »

Ainsi la commission d’enquête parlementaire sur le fonctionnement des services de renseignement français dans le suivi et la surveillance des mouvements radicaux armés du 24 mai 2013, publiée plus d’un an après les tueries de Toulouse et Montauban se focalise encore sur « la mouvance d’ultra-gauche », « l’extrême droite radicale » et « les mouvances corses et basques ». Le terrorisme jihadiste est, quant à lui, encore perçu dans la logique du supposé « loup-solitaire », une menace « portée par des individus ou des microcellules », ce que contrediront cruellement les attentats de janvier et novembre 2015.

Pour Yves Trotignon, la commission d’enquête sur les attentats de 2015 révèle aussi les limites du contrôle des renseignements en France. « Dans les deux tomes du rapport, tout le monde n’a pas l’honnêteté ou la grandeur d’âme de reconnaître son échec ou de ne pas enjoliver la réalité avec un ou deux mensonges. Et ils ne sont pas repris. Le système ne permet pas de passer sur le grill un chef de service, son directeur ou un sous-directeur. Et ce pour deux raisons selon lui : La première est culturelle : nous sommes en France, l’État est très fort et il n’est pas question que les parlementaires aillent trop loin dans le travail en profondeur sur les services. Le deuxième c'est celui de la compréhension qu’ont les parlementaires des enjeux de renseignement. »

D’après Sébastien Pietrasanta les choses évoluent malgré tout, certes lentement, mais dans le bon sens : « Des choses ont été faites, notamment avec la cellule Allat [cellule opérationnelle dédiée à la lutte contre l’EI], dont beaucoup de services disent que c’est utile et efficace. » Ce travail de la commission, Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’intérieur, l’avait pourtant en partie rejeté, refusant ainsi d’admettre que le 13 novembre aurait pu être évité. Une posture qui avait déplu à l’association 13onze15.

Les attentats de 2015 ne sont pas les seuls qui révèleront de graves dysfonctionnements. Matthieu Suc a publié plusieurs enquêtes pour Mediapart à ce sujet. L'une d'entre elles met au jour les failles du dispositif sécuritaire niçois lors du 14 juillet 2016. On y apprend que Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait pu procéder à onze repérages au volant de son poids lourd sur la promenade des anglais sous les caméras de surveillance, sans que la police municipale ne réagisse. Dernière révélation en date du journaliste : Adel Kermiche, l’un des tueurs du père Jacques Hamel à Saint-Etienne du Rouvray, avait été repéré par un cyber-patrouilleur de la DRPP juste avant l’attaque. La note de service, qui s’est perdue pour de multiples raisons dans les tuyaux des services de renseignement, aurait finalement été antidatée pour dissimuler l’erreur. Le Canard Enchaîné révélera par la suite que deux autres services, la DRM (Direction du Renseignement Militaire) et la DGSI, surveillaient également Adel Kermiche. Des informations que la DRPP conteste.

« Le refus des échecs est un problème culturel majeur en France, explique Yves Trotignon. Les services de sécurité ne font pas forcément de retex [retour d’expérience] et, quand ils sont faits, ils prennent du temps à faire et sont très longs à être mis en œuvre par les services. » Là aussi, la France fait figure de mauvais élève. Si les services de renseignement britanniques ou allemands ont aussi subi des échecs face au jihadisme au cours des années 2016 et 2017, la reconnaissance de ces échecs semble pouvoir s’y faire beaucoup plus rapidement et avec plus de transparence. Lors de la commémoration annuelle de l’attentat de Berlin Angela Merkel a ainsi officiellement reconnu des défaillances : « Aujourd'hui doit-être non seulement un jour de deuil, mais aussi le jour de notre volonté de faire mieux ». Au Royaume-Uni une enquête indépendante analysant les failles du MI5 dans le suivi du terroriste de Manchester a été publiée par le gouvernement britannique six mois seulement après les faits. 

La documentation des échecs des services français, essentiellement révélés par la presse, a pourtant bien donné lieu à des promesses de réformes. Emmanuel Macron a ainsi décidé de mettre en place une « task force » censée coordonner les efforts des différents services pour mieux prévenir la menace. « Là on arrive à six mois d’activité, analyse Yves Trotignon [l’entretien a été réalisé en janvier 2018]. Le préfet Pierre de Bousquet de Florian [responsable du Centre national du contre-terrorisme] est un homme brillant qui a fait des déclarations rarissimes mais très pertinentes sur l’analyse de la menace. Mais ce qu’il dit, d’autres à la DGSE pourraient le dire aussi, donc on ne sait pas ce qu’il apporte de plus aux services ou au Président. »

Pour l’ancien de la DGSE, ce qu’il faut avant toute chose, c’est une stratégie. Elle manque cruellement pour l'ancien analyste : « La ligne est simple pour le moment : on arrête des types, on tue des types, on fait arrêter des gens par des pays alliés, quand il faut faire la guerre on fait la guerre. On neutralise, c’est ce que j’appelle le syndrome “Space Invaders”. Ce jeu où le joueur doit neutraliser des aliens tombant du ciel, à l'infini, jusqu'à ce que l'un d'eux n'atteigne le sol et que la partie ne prenne fin. On peut tenir longtemps comme ça, c’est une question de réflexe. Mais vous ne pesez pas sur le phénomène durablement. »

Pour beaucoup, l’opération Sentinelle est le reflet de cette absence de stratégie française face au terrorisme jihadiste. Au lendemain des attentats de janvier 2015, Manuel Valls annonce le déploiement de plus de 10 000 soldats dans le cadre de la mission Sentinelle. Pour la première fois depuis la guerre d’Algérie, des soldats français sont mobilisés sur le territoire métropolitain.

« L'OPÉRATION SENTINELLE A UNE PUISSANCE VISUELLE PLUS FORTE QUE SON EFFICACITÉ RÉELLE » - BÉNÉDICTE CHÉRON

Un déploiement massif qui a subi beaucoup de critiques depuis sa mise en place. « L’efficacité opérationnelle [de Sentinelle] reste à démontrer », estime Bénédicte Chéron, chercheuse associée au Sirice (Sorbonne, identités, relations internationales et civilisations de l’Europe) et spécialiste des représentations médiatiques de l’armée. « La seule attaque où des militaires jouent un rôle sans être eux-mêmes pris pour cible, c’est celle de la gare Saint-Charles à Marseille [le 1er octobre 2017]. Cette attaque démontre que la présence des militaires n’était pas dissuasive puisqu’elle n’a pas empêché l’individu de passer à l’action, cependant cela l’a empêché de faire plus de victimes. Pour une opération de 10 000 hommes, si on parle de manière froide et cynique, ça reste un effet marginal. »

Selon elle, l’opération Sentinelle a eu pour but, dans un premier temps, de sécuriser la situation après les attaques de janvier 2015 tout en prévenant la survenue d’autres attentats dans un moment où l’État était en tension. Elle a aussi été un outil de communication : « Le fait que l’État décide de déployer la force militaire sur le sol national, c’est une façon de montrer que se déploie la force régalienne, explique Bénédicte Chéron. La question, c’est le maintien de l’opération dans un format aussi massif alors que l’on sait que les effets sont marginaux en termes de dissuasion. Cela a une puissance visuelle plus forte que l’efficacité réelle de l’opération. »

À plusieurs reprises, les militaires ont été directement pris pour cibles. L'idée d'un effet paratonnerre est alors apparue dans le débat public. « Je crois que le mot vient de moi en premier, les états-majors n’étaient pas très contents, s’amuse l’universitaire. On a des soldats qui disent “Oui je suis pris pour cible mais je préfère que ce soit moi que des civils sans défense”, donc la stratégie du paratonnerre a finalement été assumée ! Ce qui en soit est défendable à mon sens, mais à très court-terme. Durablement, ce n’est pas une stratégie. Ça s’appelle un pis-aller. » 

Pour Nicolas Hénin, « la plupart des mesures de sécurité qui ont été prises sont avant tout une façon pour les pouvoirs publics de dire à l’opinion “ne vous en faites pas, on gère, on n’est pas inactifs et on entreprend des choses.” La plupart des réactions prises dans l’immédiateté sont clairement très intuitives mais pas très efficaces ».

 

 
Fleur accrochée devant le Bataclan à Paris - (Photo : Lucas Hueber)

 

L'apparente accalmie sur le sol français ne doit tromper personne. Une vingtaine d’attentats ont été déjoués en France en 2017, selon le CAT. Si ce chiffre semble montrer une meilleure réactivité des services de renseignement, il souligne également que la menace reste extrêmement vivace et semble partie pour durer. « La grande erreur qui a été commise entre 2012 et 2013 c’est de ne pas avoir compris ce qu’il se passait et donc de ne pas réussir à l’empêcher, constate David Thomson. On en a payé les conséquences et on va les payer pendant quelques années puisqu’on a créé une génération de terroristes, on est sur des contingents à l’ampleur inédite. C’est une fatalité maintenant. » 

À l’hôtel de ville de Paris le 2 décembre 2017 Yves Trotignon avait plaidé pour la lucidité : « Ce phénomène qui dure depuis peut-être 100 ou 200 ans va nous accompagner pendant tout le siècle qui vient. » Car l’EI, s’il a essuyé une défaite militaire, a bien réussi un exploit à l’ampleur inédite dans l’histoire du jihadisme comme le souligne Wassim Nasr : « Ils sont défaits en Irak et en Syrie, oui, mais aujourd’hui l’EI - qui a démarré en tant que groupuscule insurrectionnel sunnite dans le désert d’Anbar en 2006 - est devenu une marque mondiale. » Aujourd'hui encore, l’armée égyptienne peine à contenir la filiale du groupe qui s’installe dans le désert du Sinaï. L’armée française intervient au Sahel sans parvenir à détruire définitivement les groupes affiliés à Al-Qaeda ou à l’EI. Le groupe terroriste a démontré sa capacité à venir s’agréger sur toutes les zones instables de la région, s’invitant dans le théâtre afghan, en Libye ou même aux Philippines. 

Le terrorisme est un phénomène qui peut être contrôlé, anticipé. Mais il ne peut pas être éradiqué. Pour ces raisons Nicolas Hénin milite pour que la France apprenne à devenir plus résiliente en renforçant les dispositifs de prévention : « Quand on est dans un combat, c’est important de pouvoir porter des coups rapides et puissants, mais c’est aussi important de ne pas s’effondrer quand on en reçoit. »

Le terrorisme continuera encore longtemps de poser de nombreux défis existentiels aux démocraties. La chute territoriale de l’EI a désormais laissé place à de nouveaux questionnements tout aussi dérangeants et insolvables. Plusieurs dizaines de jihadistes français seraient actuellement prisonniers en Syrie ou en Irak selon François Molins. La France a déclaré qu’elle ne demanderait pas l’extradition de ces combattants vers leur pays d’origine, préférant qu’ils soient jugés par les autorités locales. Si l’Irak est effectivement un état de droit reconnu par la communauté internationale, une bonne partie de ces français sont détenus par les Kurdes syriens, qui ne possèdent pas d’institutions légitimement reconnues pour faire ce travail. 

Compte tenu de l’instabilité dans la région, nul ne peut garantir que ces jihadistes ne se retrouveront pas rapidement dans la nature, prêts à frapper à nouveau. En 2013 plusieurs attaques ont été menées contre des prisons irakiennes au cours desquelles des centaines de prisonniers ont été libérés. En 2007 Peter Chérif, l’un des mentors des frères Kouachi, avait ainsi pu s’évader avant de rejoindre Al-Qaeda au Yémen. La détention de ces jihadistes français est d’ores et déjà devenu un levier politique pour certains groupes armés, comme le précise Wassim Nasr : « Sur le long terme c’est une catastrophe. Ils sont détenus par les Irakiens, les Kurdes, les rebelles syriens… C’est une monnaie d’échange avec l’État français. » Il plaide pour que ces français soient ramenés sur le territoire national pour y être jugés et incarcérés. « L’intérêt de l’État c’est de les avoir sous la main, pas éparpillés et incontrôlables à travers les quatre coins du monde ! La logique serait de faire des pieds et des mains pour les récupérer au plus vite », argumente le journaliste de France 24. 

À ce casse-tête judiciaire s’ajoute enfin celui des enfants ayants vécu en Syrie ou en Irak avec des parents jihadistes. Les mineurs français seraient plusieurs centaines encore présents sur place et ont été éduqués selon les règles du califat, certains ont appris le maniement des armes et ont assisté à des exactions. Ces derniers pourraient constituer de « véritables bombes à retardement compte tenu de ce qu’ils ont vu », estime le procureur de Paris

La lutte contre le terrorisme ne fait que commencer et la France ne pourra y faire face qu’en faisant preuve de rationalité.

 

 
Hommages déposés au pied de la plaque commémorative du Bataclan à Paris - (Photo : Lucas Hueber)

 

Auteurs :

Elie Guckert (@elieguckert) et Lucas Hueber  (@lcs_hbr)

Vidéos : 

Elie Guckert et Lucas Hueber

Photos :

Lucas Hueber

Développement web :

Jérémie Zipfel

publié le 23/03/18

MàJ 28/03/18 : une précédente version affirmait que la majorité des auteurs des attentats en France étaient passés par la Syrie. En réalité seuls 24 des 123 auteurs recensés depuis 2013 sont passés en zone Syro-Irakienne avant de passer à l'acte.